Parents d’enfants en questionnement de genre
Quand la médecine suisse favorise la « transition » rapide des jeunes sans explorer les causes de leur mal-être et en marginalisant le rôle des parents.
Votre enfant dit qu’il est du sexe opposé?
Parents d’enfants « trans », inquiets ? Oui, mais lucides! Lucides face aux enjeux politiques, médicaux et économiques de cette médicalisation précoce. Lucides face au besoin impérieux de ralentir, d’écouter, d’accompagner. Et surtout, de remettre la question du sens — et pas uniquement du genre— au cœur de la réflexion.
En Suisse comme ailleurs, la question de l’accompagnement des jeunes en questionnement de genre est devenue un véritable enjeu médical, éthique et sociétal. Une inquiétude croissante émerge autour de la précocité des interventions proposées aux mineurs — souvent sans exploration approfondie des causes sous-jacentes de la dysphorie de genre.
Depuis sa fondation en 2021 par le père et la belle-mère de Lou*, l’AMQG-AUFG a été en contact avec plus d’une centaine de familles à travers la Suisse, ainsi que des familles en France, en Autriche et en Allemagne.
Partout, les parents racontent la soudaineté de l’annonce de l’identité « transgenre » chez un enfant ou un jeune en désarroi – avec un pourcentage élevé de traits autistiques, de troubles psy divers, d’histoires de traumatismes ou d’homosexualité naissante – , et partout, ils reçoivent les mêmes réponses.

Source : Shutterstock
L’histoire de Lou
À l’origine de l’Association, il y a Lou*, qui, à la veille de ses 16 ans, annonce à ses parents qu’elle se sent être un garçon et souffre de l’inadéquation entre son genre ressenti et son sexe biologique. Quelques jours après son anniversaire, elle initie sa transition sociale à l’école en demandant à être appelée sous un prénom de garçon.
La suite de l’histoire rejoint celle de nombreuses adolescentes dans le monde, aujourd’hui majoritairement guidées dans la transition sociale, et/ou médicale, vers le sexe opposé, dans le cadre d’un processus dit « trans-affirmatif », consistant à accepter l’identification ou l’auto-diagnostic des personnes dès qu’ils expriment une discordance avec leur sexe biologique, cela souvent sans évaluation approfondie.
Le chemin de la transition est bien balisé : transition sociale (changement de prénom auprès des amis, de la famille et de l’école), transition légale (changement de prénom à l’état civil), transition médicale (hormonothérapie, chirurgie). Il est préconisé de modifier sans attendre le prénom et le pronom et de soutenir sans mise en question le jeune dans les différentes étapes de la transition.
C’est ainsi qu’encore à l’âge de 16 ans et en 4 séances individuelles chez un pédopsychiatre, Lou a obtenu un certificat médical déclarant qu’elle avait la capacité de discernement pour « prendre une hormonothérapie d’affirmation de genre et subir une mastectomie ».
Peu après ses 18 ans, Lou a repris son prénom féminin et son pronom féminin. Elle était heureuse de n’avoir suivi aucune mesure médicale ni chirurgicale.
Elle a compris que son mal-être était, en réalité, lié à la difficulté de vivre et d’assumer ses différences dans un environnement sociétal qui se veut « tolérant » et « bienveillant », mais qui peine encore à accepter véritablement qu’une fille ne corresponde pas aux normes et aux standards féminins en vigueur, qu’elle puisse aimer une autre fille ou s’adonner à des activités considérées comme « masculines ».
Elle a également compris que l’on ne peut pas changer son sexe, mais que la véritable liberté consiste à comprendre les injonctions sociales qui lui sont associées et à apprendre à s’en affranchir. Une liberté qui va aussi de pair avec la maturité.
* Prénom d’emprunt.
Affirmations courantes
On vous dit que des enfants naissent dans le mauvais corps, que le risque de suicide est très élevé ou qu’il existe un consensus médical ? Nous répondons à ces affirmations courantes dans Questions et controverses.
De plus, les parents découvrent parfois ceci :
- L’école encourage plus ou moins secrètement les enfants et les jeunes qui le désirent à « transitionner socialement » dans leur dos, et les met parfois en contact avec des associations « pro-transition ».
- Ces associations « pro-transition » offrent aux mineurs des conseils sur la « transition médicale », ainsi que des culottes « tuck » de compression de la verge et des testicules pour les garçons, ainsi que des « binders » de compression des seins et des verges en plastique dites « packers » pour les filles, afin de « passer » pour le sexe opposé.
- L’école enseigne parfois aux élèves qu’il est possible de naître dans le mauvais corps, qu’on peut changer de sexe, et crée des angoisses et de peurs chez les jeunes qui se sentent concernés en faisant croire que la société est particulièrement haineuse envers eux.
- Des organisations comme TGNS et le réseau Lehrplan Q fournissent aux écoles des guides et des formations. Le guide TGNS 2019 exige que tous les documents remis aux élèves — y compris les certificats de fin d’études — soient établis au nom choisi et au sexe correspondant, « indépendamment des modifications officielles ». Un certificat de fin d’études est un document officiel de l’école. Les parents y sont souvent présentés comme dépassés ou « difficiles ».
La réalité est tout autre
- il n’y a pas de consensus médical, au contraire, le débat fait rage ;
- les directives médicales qui font foi ont été établies par des associations militantes ;
- il n’y a aucune données probantes sur l’efficacité des traitements proposés ;
- il n’y a aucune étude sérieuse sur la proportion de regrets, mais de plus en plus de voix de jeunes qui regrettent leur corps mutilé et leur santé sexuelle et reproductive atteinte de manière irréversible.
Des parents souvent culpabilisés et écartés
Dans ce contexte, de nombreux parents expriment leur malaise. Lorsqu’un adolescent ou une adolescente exprime une dysphorie, la pression sociale et médicale à « suivre le mouvement » peut être intense. Remettre en question la transition sociale ou un traitement (hormones, chirurgies) n’est pas considéré comme un acte de responsabilité et de prudence mais qualifié de réaction « transphobe ».
Certains parents décrivent un sentiment d’effacement : leurs doutes, leur connaissance de l’histoire émotionnelle ou familiale de leur enfant sont rarement pris en compte. En particulier, les facteurs de vulnérabilité psychique — troubles anxieux, TDAH, autisme, traumatismes (ex. violences psychologiques et/ou physiques et/ou sexuelles), homophobie intériorisée — sont généralement ignorés dans la précipitation vers une solution médicale.
Explorer la souffrance plutôt que médicaliser l’identité
Comprendre le questionnement de genre chez les jeunes requiert une approche globale, qui inclut :
- Une anamnèse psychologique approfondie ;
- Une écoute des enjeux familiaux, sociaux et scolaires ;
- Une analyse des antécédents psychiatriques ;
- Et un espace thérapeutique non orienté, sans pressions.
Vous êtes des parents concernés ?
Vous n’êtes pas seul(e). Notre association organise des rencontres animées par des parents concernés à Zurich, Genève et Lausanne : un espace confidentiel pour échanger et se soutenir. Découvrir les rencontres pour parents.