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Situation nationale

En Suisse, l’accompagnement des jeunes en questionnement de genre repose aujourd’hui majoritairement sur une approche dite « trans-affirmative », associant « transition » sociale, suivi psychologique et accès possible à des traitements médicaux. Toutefois, depuis 2024, plusieurs sociétés médicales suisses appellent à davantage de prudence et se sont ralliées aux prises de position européennes soulignant les incertitudes scientifiques et la nécessité du principe de précaution.​

En bref

  • Au CHUV, les consultations de jeunes pour dysphorie de genre ont été multipliées par plus de 20 entre 2010 et 2021 ; InVivo recense 18 demandes en 2017 et 155 en 2021. (InVivo)
  • En 2022, au moins 231 hospitalisations pour opération de réassignation sexuelle concernaient des personnes de moins de 25 ans (192 du féminin vers le masculin, soit 83 %, et 39 du masculin vers le féminin ; cellules de moins de 4 masquées). Chez les jeunes, ce sont donc surtout des filles et des jeunes femmes ; à l’état civil, 54 % à 61 % des changements des moins de 25 ans vont de femme à homme, avec un net recul en 2025. (Statistiques suisses)
  • Entre 2018 et 2023, au moins 11 patients âgés de 10 à 14 ans ont subi une mastectomie dans des hôpitaux suisses. (Données OFS, AMQG)
  • Depuis le 1er janvier 2022, le sexe à l’état civil peut être modifié sur simple déclaration, sans âge minimum légal (la capacité de discernement est requise) ; avant 16 ans, l’accord du représentant légal est nécessaire, dès 16 ans il ne l’est pas. (Statistiques OFS)
  • À l’école, le guide TGNS 2019 demande d’établir les documents scolaires (cartes d’élève, certificats) au nom et au sexe choisis, indépendamment des changements officiels ; l’éducation sexuelle est aussi controversée. (À l’école)
  • Dans les médias, l’organe de médiation SRG Suisse alémanique a constaté une violation de l’exigence d’objectivité dans la partie en ligne de « SRF Kids Reporter:in », et le Conseil suisse de la presse a partiellement admis la plainte de l’AMQG-AUFG contre un article de la Republik. (Dans les médias)
  • En 2024, la SSPPEA s’est ralliée à l’ESCAP, qui appelle au principe de précaution. (Prise de position ESCAP)

La Suisse face à la dysphorie de genre : état des lieux et données officielles​

Aujourd’hui à Genève et en Suisse, l’accompagnement des jeunes en questionnement de genre et de leurs proches s’inscrit dans un cadre médical et associatif essentiellement pro-affirmatif, au détriment des approches de psychothérapies exploratoires.

Alors que de nombreux pays se sont lancés depuis quelques années dans la collecte d’informations factuelles afin de mieux comprendre l’explosion des cas de dysphorie de genre et afin d’apporter aux personnes concernées des traitements sûrs et adaptés, très peu de données statistiques sont actuellement disponibles en Suisse.

En 2023, l’AMQG a obtenu les données officielles de l’Office fédéral de la statistique sur le nombre de chirurgies de « changement de sexe » dans les hôpitaux suisses entre 2016 et 2021. Suite à quoi, l’OFS a publié les statistiques 2019-2022 ici. Le graphique ci-dessous (G3) en est tiré ; les séries à jour, y compris 2023-2024, sont sur la page Statistiques suisses.

Graphique OFS : hospitalisations pour opération de réassignation sexuelle en Suisse selon la classe d'âge et le sens de la transition, 2019-2022

Explorer les données de l’OFS​

Graphiques interactifs, tableaux, méthodologie et documents sources : voir la page Statistiques suisses.

Médicalisation de la dysphorie de genre : les jeunes et les filles en première ligne​

Ces données indiquent que le nombre d’hospitalisations a plus que doublé entre 2019 et 2022 (de 248 à 525, +115 %) et, d’après la dernière extraction, a encore progressé jusqu’en 2024 (au moins 659 cas). Parmi les opérations du féminin vers le masculin, 54 % concernaient en 2022 des personnes de 15 à 24 ans. Chez les 15-17 ans, le nombre de cas est passé de 15 en 2019 à 30 en 2023 ; l’extraction 2024 indique 14, une valeur à interpréter avec prudence (extraction différente). Entre 2018 et 2023, au moins 11 patients âgés de 10 à 14 ans ont subi une mastectomie dans des hôpitaux suisses.

Les consultations explosent aussi : selon le CHUV, le nombre de jeunes consultant pour une dysphorie de genre a été multiplié par plus de 20 entre 2010 et 2021 ; InVivo rapporte 18 demandes en 2017 et 155 en 2021 (soit environ +760 %). Une tendance similaire est observée à travers la Suisse.

Plusieurs centres hospitaliers suisses proposent aujourd’hui un parcours de « transition » dès 11 ou 12 ans (bloqueurs de puberté), des hormones croisées dès 14 à 16 ans, des mastectomies dès 16 ans et l’ablation des organes reproducteurs dès 18 ans. La majorité des équipes adopte une approche « trans-affirmative », qui valide immédiatement l’« identité de genre » ressentie sans investiguer plus en profondeur les causes du mal-être. Sur l’argument du risque de suicide, voir Questions & Controverses.

Les statistiques sur le nombre de mineurs qui consultent, et sont médicalisés, ne sont pas connues, ainsi que le nombre de jeunes ayant cessé leur « transition ».

Selon les extractions de l’OFS obtenues par l’AMQG, au moins 231 hospitalisations pour opération de réassignation sexuelle concernaient en 2022 des personnes de moins de 25 ans : 192 du féminin vers le masculin et 39 du masculin vers le féminin (cas ; les cellules de moins de 4 sont masquées, le total peut donc être légèrement sous-estimé). L’OFS relève par ailleurs, tous âges confondus, près de 650 hospitalisations en 2022 où une dysphorie de genre est diagnostiquée sans opération (environ 460 personnes).

Les statistiques de l’OFS sur le nombre de changements de sexe à l’état civil ont également paru (2022, 2023, 2024, 2025). Depuis l’entrée en vigueur de la loi en janvier 2022, les moins de 25 ans représentent entre 56 % et 61 % des changements chaque année ; le groupe le plus important est celui des 15-19 ans passant de femme à homme (545 changements sur 2986 en 2022-2025, soit 18 %). Les chiffres figurent dans les graphiques de la page Statistiques suisses.

À l’école​

Des associations militantes et des prestataires externes interviennent dans les établissements, notamment Lehrplan Q, TGNS, ABQ (visites scolaires « Vielfalt macht Schule ») et, dans le canton d’Argovie, Sexuelle Gesundheit Aargau (SEGES), qui se définit elle-même comme neutre sur le plan politique et confessionnel. Le guide TGNS 2019 à l’intention des écoles exige explicitement :

« Tous les documents remis aux élèves doivent, pour les élèves trans, être établis à leur nom choisi et au sexe correspondant. Cela vaut indépendamment des modifications officielles et concerne par exemple les cartes d’élève, les certificats (de fin d’études) ou les diplômes. »

Même règle pour une réédition après la scolarité. Un certificat de fin d’études est un document officiel de l’école et une pièce produite auprès de tiers. Un écart avec le nom officiel n’est donc pas une bagatelle.

L’école y prend en charge une démarche thérapeutique affirmative qui n’est pas de sa compétence : elle n’a pas à soigner, et elle n’a pas non plus à renforcer une distorsion de la réalité. Un enfant n’est pas aidé si l’on entre dans cette distorsion ; il a besoin d’un miroir sain du réel. Les parents sont souvent présentés comme dépassés ou « difficiles ». Ce n’est pas de la discrimination de leur part : l’élève se voit ainsi opposé à sa famille, l’école se solidarisant à tort avec lui.

L’enseignement scolaire d’éducation sexuelle est lui aussi critiqué. Dans le canton d’Argovie, l’organisation « Sexuelle Gesundheit Aargau » a déposé une plainte pénale pour diffamation contre la députée Nicole Burger (avocate de confiance du Lehrernetzwerk Schweiz) et un autre député, après des questions parlementaires sur le sujet. Le Ministère public n’est pas entré en matière : les questions ne fondaient même pas un soupçon initial (version du Lehrernetzwerk Schweiz, 1er septembre 2026).

Le Lehrernetzwerk reproche à ces organisations de transmettre aux enfants une « idéologie transgenre » en classe et exige de la transparence envers les parents sur les contenus et les intervenants externes. Cela rejoint la question de cette section : qui décide, à l’école, de la manière dont le genre et l’identité de genre sont présentés aux enfants, et les parents sont-ils associés ? Le débat porte sur l’éducation sexuelle dans son ensemble et reste politiquement contesté.

L’AMQG documente cette pratique et conseille les parents qui doivent en parler avec l’école.

Dans les médias​

La couverture médiatique de l’identité de genre chez les mineurs est de plus en plus critiquée en Suisse : parents et professionnels déplorent que des interprétations contestées soient présentées comme des savoirs établis, que les voix critiques soient absentes ou dévalorisées et que les personnes concernées ne soient pas entendues. Deux procédures récentes montrent que cette critique est au moins en partie entendue.

SRF Kids. Plusieurs plaintes ont visé le reportage « SRF Kids Reporter:in – Wer bin ich? » du 21 juillet 2026. Dans son rapport final du 31 août 2026, l’organe de médiation de la SRG Suisse alémanique a retenu que le reportage audio de Quinn (14 ans) respecte l’exigence d’objectivité, mais pas la partie explicative en ligne, où des interprétations contestées apparaissent comme des faits établis. Sont en cause :

  • l’expression de sexe « attribué » à la naissance ;
  • la thèse sans source selon laquelle, « il y a de nombreuses années », des gens auraient commencé à réprimer toutes les identités hormis « femme » et « homme » ;
  • le tableau « Au lieu de… » avec « maman et papa » ou « frère ou sœur » ;
  • six services d’aide issus tous de la mouvance queer (plutôt que, par ex., le 147 de Pro Juventute).1

L’organe de médiation a rejeté les reproches d’influence idéologique et d’atteinte à la protection de la jeunesse. Le Lehrernetzwerk Schweiz a longuement commenté la décision.

1 Pro Juventute n’est pas non plus neutre sur cette question : Dagmar Pauli, membre du conseil de fondation, qui dirige à la PUK Zurich la consultation sur l’incongruence de genre, est la seule voix de l’entretien « Eltern sollten ihr Kind in keine Geschlechterrolle drängen » (site de Pro Juventute) et y recommande aux parents, en cas de souffrance persistante de l’enfant, une transition sociale.

Republik. Le Conseil suisse de la presse a partiellement admis la plainte de l’AMQG contre l’article de la Republik « Der Skandal sind nicht die trans Kinder » (15 février 2024) : la rédaction a violé le devoir d’audition en n’entendant pas l’AMQG sur des accusations graves telles que « agenda transphobe » ou « association de parents douteuse ».

Changement de sexe à l’état civil​

Depuis le 1er janvier 2022, une déclaration à l’office de l’état civil suffit pour changer de sexe à l’état civil (art. 30b CC). La condition est que la personne soit « intimement convaincue » de ne pas appartenir au sexe enregistré. Ni certificat médical, ni traitement hormonal, ni opération ne sont exigés ; l’émolument est de 75 CHF. Avant 16 ans et en cas de curatelle de portée générale, l’accord du représentant légal est nécessaire ; dès 16 ans, il ne l’est pas. Il n’existe pas d’âge minimum ; seule la capacité de discernement de la personne est exigée. La fréquence et l’âge des changements figurent dans les graphes AMQG-AUFG.

Le Parlement a examiné le projet (objet 19.081) en 2020 : le Conseil national l’a adopté le 24 septembre par 121 voix contre 61 et 13 abstentions, le vote final a eu lieu le 18 décembre 2020, en pleine pandémie de Covid.

Le Tages-Anzeiger du 15 juin 2024 (payant) décrit ainsi la position de la conseillère nationale socialiste Tamara Funiciello :

Tamara Funiciello montre du menton la salle du Conseil. Si l’on veut obtenir quelque chose « ici, à l’intérieur » sur ce sujet, ce n’est possible qu’en silence. Sous le radar. En mode furtif. Comme à l’époque de la pandémie, quand il s’agissait de la modification de la mention du sexe à l’office de l’état civil. Aujourd’hui, les personnes transidentitaires peuvent changer rapidement et sans formalités leur sexe et leur prénom dans le registre de l’état civil. Cela n’a été possible, Mme Funiciello en est convaincue, que parce que l’attention n’était pas si grande. Parce que les opposants potentiels ne l’ont pas vraiment remarqué. Le texte est ensuite passé sans encombre.

— Tages-Anzeiger, 15.6.2024 (traduction)

La majorité de la population ignorait que le sexe peut être modifié par simple déclaration depuis 2022. La prise de conscience générale n’est venue qu’avec l’incident de la piscine du Marzili à Berne, lorsque la police, sur instruction de l’exploitant, a fait sortir une femme trans de l’espace naturiste réservé aux femmes, ce qui a déclenché le débat sur l’accès aux espaces féminins.

En septembre 2026, le groupe UDC (porte-parole : la conseillère nationale Nina Fehr Düsel) a déposé la motion 26.4284. Elle vise à abroger la modification simplifiée de la mention du sexe et à la soumettre à nouveau aux conditions d’avant 2022. Retrouvez les lois, les interdictions cantonales et les interventions parlementaires sur la page Politique suisse.

Changements de sexe en chiffres​

Les graphiques montrent à quelle fréquence le sexe inscrit à l’état civil a été modifié depuis l’entrée en vigueur de la loi : voir la page Statistiques suisses.

Appel au principe de précaution et à la transparence des données​

En 2024, l’ancien président de la FMH Jacques de Haller, l’ancienne présidente de la société nationale de pédiatrie Nicole Pellaud et le pédiatre Daniel Halperin ont rédigé un appel à respecter le principe de précaution (2024).

La même année, la Société nationale de pédopsychiatres SSPPEA a pris position contre le projet transactiviste de directive médicale allemande AWMF et s’est inscrit dans la ligne de leur faîtière européenne ESCAP qui appelle à respecter le principe de précaution et à d’abord ne pas nuire.

Un des objectifs de l’AMQG consiste précisément à appeler les pouvoirs publics à collecter des données établies sur des faits et à les rendre publiques. Signez notre appel au respect du principe de précaution « primum non nocere ».

Sources:

Prise de position sur l’incongruité de genre​

La SSPPEA est favorable à une révision de l’actuel projet de lignes directrices de l’AWMF. En tant que membre de la Société Européenne de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (ESCAP), la SSPPEA s’associe à la prise de position récemment publiée par l’ESCAP sur la prise en charge de la dysphorie de genre. Vous trouverez plus de détails dans le document.

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